[Entretien] Marie-Stéphane Maradeix, DG de la fondation Daniel et Nina Carasso

[Entretien] Marie-Stéphane Maradeix, DG de la fondation Daniel et Nina Carasso
Cela fait presque 30 ans que Marie-Stéphane Maradeix travaille dans le secteur de l’intérêt général. Elle a étudié en école de commerce, et a dès le départ orienté son parcours vers le non-lucratif en étudiant un an la philanthropie aux États-Unis, elle est « tombée très jeune dans la marmite », par ses engagements personnels puis professionnels. Ensuite, elle a intégré Médecins du monde. Elle s’occupait des sujets de l’enfance, éducation avec comme axe le développement de projets d’éducation au développement en France et le parrainage d’enfants à l’étranger. Après, elle a travaillé aux côtés d’Antoine Vaccaro pour monter le Club des fundraisers (ancêtre de l’Association française des fundraisers) et développer La voie privée (magazine du fundraising).  Après quelques années passées sur le financement de projets par la Commission européenne, elle a intégré les Apprentis d’Auteuil au sein desquels elle a mené une campagne de mécénat d’entreprises structurée. Elle a complété sa formation au Canada, sur la levée de fonds auprès des grands donateurs, pour ensuite travailler à l’ESSEC, pendant près de 5 ans, avec une première campagne de fundraising en démarrée en 2002. Puis Marie-Stéphane a pris la direction de la campagne de l’Ecole Polytechnique. Durant ces années dans l’enseignement supérieur et la recherche, elle s’est engagée parallèlement au sein de l’AFF, contribuant à l’émergence du fundraising dans ce secteur. C’était une période « assez extraordinaire » qui a connu une impulsion avec la loi Pécresse.


Depuis octobre 2011, Marie-Stéphane est Déléguée Générale de la Fondation Daniel et Nina Carasso. Cette fondation a été créée en 2010 après le décès de Daniel Carasso. Elle est unique en son genre, financée par de l’argent « personnel » ; c’est une fondation familiale exclusivement distributrice. Ses axes d’intervention sont d’une part autour des systèmes alimentaires durables (de la « fourche à la fourchette » à travers les piliers de la durabilité : environnement, santé, économique, social), et d’autre part un programme autour de l’art (dans sa dimension sociale).

À l’international, elle soutient un prix de recherche sur l’alimentation durable tous les deux ans, des appels à projets, des conférences et le plaidoyer à travers un panel d’experts,  (financé par la fondation mais tout à fait autonome).

En France et en Espagne, la fondation développe son programme d’alimentation durable à travers des appels à projets comme celui-ci (des systèmes alimentaires innovants), la pêche durable, l’agroécologie en partenariat avec la Fondation de France, ou encore pour lutter contre l’exclusion (création d’emplois, précarité alimentaire).

Un deuxième axe d’intervention concerne l’art citoyen et tout particulièrement la musique à travers des objectifs de niche. Ce programme s’articule autour de 4 pistes : éducation musicale (résidence de musiciens dans les écoles, prisons et hôpitaux), conservatoires et écoles de musique (pédagogie et lien avec le territoire), lieux de diffusion (diversité du public, insertion des jeunes talents), patrimoine et création.

La fondation emploie 9 personnes ( 6 en France, 3 en Espagne). Marie-Stéphane Maradeix consacre un tiers de son temps aux relations institutionnelles et professionnelles (participation à des conseils d’administration, prise de parole…). Le deuxième tiers est consacré à la gestion de la fondation (gouvernance, management, gestion, RH). Le dernier tiers de son temps est dédié aux programmes : études, lectures de dossier et visites de terrain.

La fondation est marquée par la structuration des partenaires et leur évaluation. Après repérage des faiblesses structurelles lors de l’instruction des dossiers, elle propose un accompagnement. Le volet d’évaluation (en période de test) repose sur du conseil, la filière impact social d’HEC et des cabinets extérieurs qui font des évaluations collectives (au niveau d’un appel à projets par exemple) et individuelles. L’importance accordée à l’impact investing permet d’être « dans le mouvement des nouveaux champs d’investigation ».

Avec son parcours varié, Marie-Stéphane a une double casquette : fundraiser et distributrice via la fondation. Concernant sa vision du secteur, elle explique qu’on « vit un changement structurel important » avec le désengagement de l’État, la dégradation de l’emploi et des financements.  Pour s’adapter à ce « nouveau monde », les associations doivent « changer de paradigmes » à travers de nouveaux modèles économiques, parfois des restructurations et des fusions. Pour les bailleurs, il s’agit de sortir des « coups de cœur » pour devenir des « fondations stratégiques » : « il va falloir être en adéquation avec les besoins sociaux ».

Pour la fondation précisément, la question est : « Comment en 2050 va-t-on nourrir 10 milliards d’êtres humains, de manière saine et sans épuiser nos ressources ? »

La question centrale semble être celle des ressources, des subventions et du financement à investir dans la durée.  Le « métier se complexifie beaucoup », les fondations doivent être visibles sur le plan national et international, et pas en tant que bailleurs mais en tant que partenaires.

, , , , , ,