Les low-tech ou comment vivre en harmonie avec son écosystème  

Les low-tech ou comment vivre en harmonie avec son écosystème  
Alors que se tient le salon Viva Tech, rendez-vous mondial des startup novatrices, se pose la question de l’impact des technologies sur l’environnement et de notre capacité d’autonomie. Et si la transition énergétique devait passer par des technologies qui nous permettent de vivre en harmonie avec notre écosystème ? Carenews vous présente les low-tech et leurs ambitions, dont une invitation à la sobriété et au pouvoir d’agir.


 

 

Une application qui nous donne la composition de nos aliments, c’est bien. Avoir accès à une base de donnée de plantes qu’on peut faire pousser chez soi grâce à des technologies low-tech, c’est mieux. Pourquoi ? Cela permet d’être plus autonome et plus respectueux de notre environnement. Prenons un autre exemple. « En Bretagne, nous avons observé une augmentation des panneaux photovoltaïques qui finalement présentent un faible rendement énergétique, c’est à dire que seulement 20 à 30 % de l’énergie reçue est transformée en électricité. Contrairement aux ardoises naturelles – matière localement abondante – traditionnellement présentes sur les toits bretons, qui captent et emmagasinent la chaleur avec un rendement d’énergie thermique de 80 % », explique Quentin Mateus, membre du Low-tech Lab, un projet de recherche et de documentation collaborative visant à diffuser et promouvoir les low-technologies.

 

Donner les moyens à chacun de vivre en harmonie avec son écosystème, telle est la philosophie des low-tech. « Réduire les inégalités en redonnant à chacun le pouvoir d’agir grâce aux connaissances pratiques et réduire l’impact environnemental sont les deux principaux aspects des low-tech », complète-t-il. Dans une note pédagogique de la Fabrique Écologique, on apprend qu’« il serait dangereux de faire reposer la transition écologique sur une innovation technologique toujours plus complexe : les high-tech ont souvent tendance à accélérer notre modèle extractiviste, à nous éloigner de l’économie circulaire et à provoquer de nombreuses problématiques sociales, humaines et politiques ».

 

Nécessité de remettre en cause le progrès technologique et l’innovation

 

Lors d’une conférence sur la low-tech organisée par Socialter, Alexandre Monnin, docteur en philosophie sur le sujet de l’architecture du web et enseignant-chercheur, interpelle le public : « On est en train de fabriquer “le monde numérique” sans parler de ses  limites physiques » ; avant d’ajouter que « la technologie n’est pas une solution, il faut mettre du sens derrière ». Dans son rapport sur l’impact environnemental du numérique publié le 4 octobre 2018, le think tank, The Shift Project, alertait sur la consommation d’énergie du numérique, aujourd’hui en hausse de 9 % par an. En revanche, ce constat n’est pas une fatalité. Selon lui, il possible de la ramener à 1,5 % par an en adoptant la « sobriété numérique » comme principe d’action.

 

« Aujourd'hui, on pense qu’on va tout régler avec des matériaux intelligents et des énergies renouvelables. Ce qui insuffle le développement des solutions, ce n’est plus le progrès humain, ni même la réduction des émissions de CO2, mais l’augmentation de notre confort — ou plutôt de notre assistanat. Le principal levier d'innovation, c’est de créer des besoins que nous n’avons pas encore », raconte Quentin Mateus avant d’ajouter qu’« on oublie qu’internet consomme aujourd'hui bien plus d’énergie que l’aviation civile ». En effet, selon le rapport de la Global e-Sustainability Initiative (GeSI), l’ensemble des services internet est responsable de 2 % des émissions de CO2 dans le monde, autant que l'ensemble du secteur aérien.

 

Un constat partagé par Philippe Bihouix, spécialiste de la finitude des ressources minières et de son étroite interaction avec la question énergétique, qui précise que « si les high-tech nous éloignent de l’économie circulaire, c’est parce que les produits électroniques, miniaturisés, les alliages complexes ou les matériaux composites, sont difficiles à recycler : la ressource n’est pas récupérée, mais utilisée ou utilisable dans des usages moins nobles ».

 

Les low-tech : répondre à un besoin et consommer peu d’énergie

 

« Selon la note co-rédigée dans le cadre d'un groupe de travail de la Fabrique Écologique, la démarche low-tech se décompose en trois étapes : questionner le besoin, puis, s’il existe, trouver la réponse la plus simple, sobre et écologique et enfin se demander si celle-ci apporte des connaissances, plus d'autonomie », explique Quentin Mateus. L’idée est finalement d’être collectivement plus résilient. Les toilettes sèches, les fours solaires ou les vélos dans les gares qui rechargent les téléphones grâce aux coups de pédales montrent que les low-techs existent déjà. Leurs caractéristiques ? Être des technologies simples, durables et développées à l’échelle locale. Conçues à partir de matériaux recyclés ou puisées dans la nature, elles répondent à des problématiques vitales, et ne consomment que très peu d’énergie.

 

High-tech : travailler la question de sens et de besoin

 

L’idée des low-tech n’est pas de refuser les progrès technologiques, mais de réfléchir à cette technologie et ses impacts. La mission du Low-tech Lab, acteur de la Tech For Good, est de questionner l’impact de la technologie avec un regard critique. D’ailleurs, certains acteurs comme Simplon, MakeSense et Latitudes sont engagés dans cette démarche. Par exemple, Simplon, en plus de proposer des formations au code à des jeunes en situation d’exclusion, souhaite développer des formations low-tech.

 

Alexandre Monnin précise qu’ « il faut éviter que le low-tech devienne un nouveau secteur de marché, mais plutôt réencadrer le low-tech dans la question des organisations » et Philippe Bihouix ajoute que « penser low-tech, c’est créer des emplois, pas des machines ».

 

 

 

 

 

 

 

Article modifié le 16 mai 2019.

 

, , , , , ,